Comment penser ensemble ville et agriculture ?

La région Île-de-France a lancé en 1999 une démarche de « programmes agri-urbains », au nombre de douze aujourd’hui. Que se joue-t-il sur ces territoires présentés comme des laboratoires où s’inventeraient de nouvelles façons de concevoir l’espace à travers le lien entre ville et agriculture ?
Le projet Agrige entend instruire la spécificité de ces territoires dans la gouvernance foncière, agri-environnementale et alimentaire de l’Île-de-France. Cette construction territoriale pose la question de la transaction entre les différents acteurs, celle de l’appropriation des dispositifs et de leur éventuelle transférabilité. Une hypothèse est que cette forme de territorialisation relève d'une volonté de requalification paysagère : volonté de résistance et désir d’exister par une identité locale ; volonté de « faire projet » en s’appuyant sur des ressources territoriales propres.

L’originalité du projet tient à une approche spatiale de l’agriurbain. Il associe à trois organismes d’enseignement et de recherche reconnus sur ces questions (AgroParisTech, l'ENSP et l'Université Paris-Nanterre), sept territoires agriurbains ainsi que d’autres partenaires (voir la carte de localisation ci-contre).

Trois principales questions de recherche ont été retenues, qui seront instruites de manière transversale dans les différents volets de recherche : les échelles de l'agri-urbain, la gouvernance de l'agri-urbain, le projet agri-urbain.


1. Les échelles de l'agriurbain
L’échelle des territoires agriurbains se révèle-t-elle pertinente face aux enjeux fonciers et agri-environnementaux régionaux ? Est-elle susceptible de produire des améliorations en matière de transparence des transactions foncières et de critères de choix des terres à urbaniser ? Quelles synergies entre les différents dispositifs de planification et d’aménagement du territoire relevant de l’urbanisme ou de l’agriculture ? (=> Volet de recherche 3 : Outiller) La « mise en proximité » de l’agriculture nécessite-t-elle des politiques tout aussi locales (communes, intercommunalités) ou régionales ? Les concepts de systèmes alimentaires locaux et d’économie circulaire sont-ils pertinents à l’échelle de ces territoires ? (=> Volet de recherche 4 : Cultiver)

2. La Gouvernance de l'agriurbain
Dans quelle mesure existe-t-il une gouvernance foncière et paysagère spécifique et/ou meilleure à l’échelle des territoires agriurbains ? Avec quelles innovations ? Quelles sont les motivations des acteurs qui s'impliquent dans ces démarches ? Dans quels processus de transactions s'engagent-ils ?
Notre propos est de retracer l'histoire et la sociologie des mobilisations qui font naître ces territoires agriurbains (=> Volet de recherche 1 : Créer). Cette appropriation spécifique des franges urbaines se manifeste via des changements de pratiques, qu’elles soient publiques (aménagement, mise en espace public) (=> Volet de recherche 3 : Outiller), ou privées, habitantes (loisirs, jardinage vivrier) (=> Volet de recherche 5 : Habiter) ou agricoles (=> Volet de recherche 4 : Cultiver). On cherchera à reconstituer le système et le jeu d’acteurs, leurs manières de voir et de faire, les relations qu’ils tissent entre eux, les modèles qui nourrissent leurs représentations et leurs pratiques (=> Volet de recherche 2 : Gouverner).

3. Le projet agriurbain : figures et dynamiques territoriales et paysagères
Quels projets portent les territoires agriurbains et quels en sont les concepts moteurs ? On cherchera à en retracer les expressions et les logiques de diffusion (=> Volet de recherche 1 : Créer). Le projet agriurbain est à la fois projet de territoire et projet de paysage : on mettra au jour les intentions et les retombées à la fois pour l’espace de production des agriculteurs (volet 4. Cultiver) et pour l’espace de vie des populations habitantes (=> Volet de recherche 5 : Habiter).
On identifiera les différents concepts mobilisés à l'échelle régionale ou métropolitaine (« ceinture verte », « doigts de gants »...), leur généalogie et leurs transcriptions territoriales. De nouveaux concepts sont-ils en train de naître à travers la mise en réseau d'ilôts agriurbains autonomes mais reliés ? On étudiera les implications des différents concepts mobilisés – en termes d'organisation de l'espace, de répartition des activités, de structuration des paysages – et leur interprétation par les acteurs locaux (=> Volet de recherche 2 : Gouverner).

Ce projet PSDR met en œuvre une collaboration interdisciplinaire en agronomie des territoires et sciences sociales (géographie, sociologie, sciences politiques). Il s'appuie sur des études de cas (entretiens, observation, dépouillement d'archives et comptes rendus, enquêtes auprès d'habitants), complétées par un travail bibliographique et l'analyse de données statistiques existantes. Les terrains d'étude sont sept espaces agricoles péri-urbains identifiés par la région Île-de-France comme territoires agriurbains et les structures associatives ou collectivités qui y portent des projets. Le projet Agrige permettra d'élaborer des outils d'aide à la décision et de clarifier les marges de manœuvre des différents acteurs locaux et régionaux dans la mise en place d'une politique agri-environnementale de proximité.